Histoire locale

Quand Angleur faisait fondre le zinc : l'épopée de la Vieille-Montagne

Comment les fonderies de zinc de la Vieille-Montagne ont transformé Angleur, de 835 à près de 11 000 habitants.

Si vous demandez à un Liégeois ce que le mot « Angleur » évoque, il y a de fortes chances qu'il vous parle d'usines, de fumée et de travail. Ce n'est pas un cliché : pendant plus d'un siècle, Angleur a battu au rythme des fonderies de zinc. Et pas n'importe lesquelles : celles de la Vieille-Montagne, l'une des plus grandes entreprises industrielles que la Belgique ait connues. Voici comment un village de 835 âmes est devenu une petite capitale du métal.

Une invention liégeoise

Tout commence avec un homme : Jean-Jacques Dony, chimiste liégeois de génie. Au début du XIXe siècle, il met au point un procédé révolutionnaire pour produire du zinc métallique à grande échelle, ce qu'on appellera plus tard « le procédé belge ». En 1806, un décret impérial lui accorde l'exploitation de la mine de Moresnet, la fameuse « vieille montagne » qui donnera son nom à la société. Dès 1809, il ouvre une usine à Liège, et en 1811, il coiffe la collégiale Saint-Barthélemy d'une toiture en zinc, la première du genre en Belgique.

Mais l'inventeur n'est pas un homme d'affaires. Ruiné, Dony cède peu à peu son affaire. C'est la famille Mosselman qui reprend le flambeau et transforme l'invention en empire.

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1837 : les cheminées s'allument à Angleur

Le tournant, pour Angleur, se joue en 1835 : Alfred Mosselman achète un terrain le long de l'Ourthe pour y bâtir une usine moderne. Deux ans plus tard, en 1837, naît officiellement la Société anonyme des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille-Montagne. Trois sites produisent alors le métal : Moresnet, Saint-Léonard à Liège, et Angleur.

Pourquoi Angleur ? Parce que tout y est réuni : l'eau de l'Ourthe, le charbon de la région, et surtout une nouvelle voie d'eau. Les Hollandais viennent en effet de creuser le canal de l'Ourthe, qui permet d'acheminer matières premières et marchandises. La géographie qui avait fait d'Angleur un carrefour médiéval en fait maintenant un site industriel idéal.

Un village transformé de fond en comble

L'effet est spectaculaire. Le village de 835 habitants de 1815 se métamorphose : en 1910, Angleur compte près de 11 000 habitants. En moins d'un siècle, sa population est multipliée par treize. On vient y travailler de toute la région et bien au-delà. Autour des fonderies poussent des rangées de maisons ouvrières, des commerces, une gare, des ateliers. Le quartier de Renory, en contrebas, se couvre d'installations ferroviaires et industrielles.

La Vieille-Montagne devient un géant. Sous la direction de Louis-Alexandre Calley Saint-Paul de Sinçay, sa production explose et l'entreprise essaime bien au-delà de Liège : des mines en Suède, des usines en France, en Sardaigne, en Campine. Son usine d'Hollogne-aux-Pierres deviendra même, en 1912, « l'usine à zinc la plus importante du monde ». Angleur n'était qu'un maillon de cette chaîne, mais un maillon fondateur, là où l'aventure avait pris racine.

Le zinc et le social

Ce que l'on oublie souvent, c'est que la Vieille-Montagne fut aussi pionnière en matière sociale, à une époque où le sort des ouvriers préoccupait peu les patrons. Dès 1847, l'entreprise crée des caisses de secours en cas de maladie ou d'accident. Elle encourage l'épargne, vend à ses ouvriers des logements à prix coûtant à partir de 1860, ouvre des écoles gratuites et même, en 1892, une maison de retraite à Cointe. Dur au travail, le monde du zinc n'en cherchait pas moins à protéger les siens.

Ce qu'il en reste

Les grandes fonderies se sont tues. La Vieille-Montagne a changé de nom, de mains et d'époque : devenue Union Minière, puis Umicore en 2001, elle a tourné la page du zinc à l'ancienne. À Angleur, les cheminées ont disparu du paysage, mais l'empreinte demeure : dans le tracé des rues, les maisons ouvrières, la mémoire des familles, et jusque dans le nom du canal.

Angleur a été, à sa manière, un berceau de la révolution industrielle belge. Se souvenir du zinc, c'est se souvenir de tous ceux qui, génération après génération, ont fait vivre ce coin de Liège au bord de l'Ourthe.


Sources : Wikipédia (Société de la Vieille-Montagne, Angleur), Agence wallonne du Patrimoine, Connaître la Wallonie.

Publié le 23 août 2026 · mis à jour le 23 août 2026